Je me présente: Christelle, trente ans, mariée, deux enfants, et je tenais à témoigner sur la maladie de mon père qui l'a détruit de l’intérieur jusqu'à l’usure.

Au début, mon père ne faisait que deux injections par jour, et jamais je ne l’ai vu dans le coma.  Puis les années ont passé et, nous les enfants, on ne faisait pas attention à ça.  Quand ont est jeune, on ne pense qu‘à soi.

 

Et puis ces dernières années, j ’ai vu mon père plus souvent dans le coma que sur ses deux jambes.  A chaque fois que l’on venait le voir, il nous faisait un coma dans la nuit.  On a fini par sympathiser avec les pompiers qui venaient le chercher pour rien car il ne voulait jamais partir avec eux; ma mère n’a jamais perdu son sang-froid, elle lui injectait une dose de glucose avant que les pompiers arrivent.

 

Plus d’une fois je lui ai tenu la main en lui parlant, car il fallait qu’il entende une voix autour de lui.  Alors je lui disais "Papa si tu m’entends serre ma main", et quand cela n’était pas moi, c’était une de mes sœurs.

 

Dans ces moments, il m’est arrivé de penser qu’il pouvait en mourir.  Lui se demandait si un jour il aurait la chance d’être greffé.

Aujourd’hui, je crois que s'il est encore des nôtres, ma mère y est pour quelque chose, certainement pour beaucoup.

 

 Puis il y a eu ce 17 octobre quand ma mère ma téléphoné pour m’annoncer cette nouvelle.  J’ai fondu en larmes.  Pour la première fois de ma vie j’ai eu très peur.  Mais ma première pensée a été pour lui, une des personnes que j’aime le plus, mon père.  Je n’ai pas pu lui parler avant qu’il ne parte pour l’hôpital, et, comme j’habite assez loin, il était impossible que je me déplace.

 

Vu qu'il avait très peu de temps pour se préparer à partir, j’ai regretté ce moment; je pense avoir mal réagi à cette nouvelle.  Je n’ai pensé qu'à moi, je ne reverrai peut-être plus mon père, et je pensais à tout ce qu’on avait encore à se dire ou à faire, et puis mes enfants n’auraient plus de papy ?

 

Aujourd’hui je suis redevenue optimiste, cette maladie est derrière nous, dix-huit mois se sont écoulés et pour mon père tout va bien.    J’espère que nous avons gagné contre ce diabète qui fait tant de mal à des milliers de personnes.

 

Je me confie à toi aujourd’hui car tu fais partie de ma vie, j’espère pour très longtemps encore.  Je vais arrêter car les larmes inondent mes joues.  Cette maladie ne gâchera plus nos rencontres.

 

 CHRISTELLE, PHILIPPE, et LES ENFANTS    

 

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Je suis Betty, l’aînée des filles, et moi aussi je voulais apporter mon petit mot.

 

Le jour où papa est parti à l’hôpital pour sa greffe, j’étais moi-même à l’hôpital pour un problème au niveau de ma grossesse.  J’étais enceinte de 8 mois, j’ai reçu un coup de téléphone de ma mère à la maternité, m’annonçant cette nouvelle.

 

C’était une bonne nouvelle, mais je ne savais pas si je devais me réjouir ou être triste parce que je ne savais pas si je le reverraiss et si sa petite-fille que je portais connaîtrait son grand-père.

 

Le lendemain de cette greffe, je sortais de l’hôpital, je suis rentrée et j’ai dit à ma mère "Demain matin à 5 heures nous partons voir Papa".  Le lendemain, de bonne heure, avec notre pique-nique, nous voilà partis pour Nantes.  Cela faisait beaucoup de route pour moi qui pouvais accoucher à n’importe quel moment, sur la route avec ma maman.  On essayait de se rassurer l’une et l’autre.

 

Nous voilà arrivées devant l’hôpital.  Nous avons pris notre courage à deux mains, et nous nous sommes dit "quand on va le voir, il ne faut pas que l’on craque devant lui".  Devant la porte de la chambre, là on ne pouvait plus faire marche arrière, je frappe et j’entre.

 

Papa était là dans son lit.  Je l’embrasse.  Il avait l’air bien, il nous parle.  Là j’étais rassurée.  Le jour où il est parti et le jour où je l’ai vu ont été les deux jours les plus durs de ma vie.

 

Aujourd’hui, Papa va très bien.  Il a une nouvelle vie qui me convient très bien.  Il est plein de bonheur.

 

J’aime beaucoup mon père, et de le voir comme ça en pleine forme, je ne me tracasse plus pour lui.

 

De plus, Marinne, mon bébé le fait tourner dans tous les sens, et il aime ça.  C’est lui qui fait la nourrice quand je travaille, c’est un super papy nounou.

 

 Voilà Papa, je pense que je n’ai rien oublié.

 

Merci d’être toujours là.  

 

BETTY

 

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Je m’appelle Elisabeth, j’ai 25 ans, et je suis la petite dernière de la famille; donc j’ai toujours connu mon père malade.  Il faut reconnaître qu’il y a eu des périodes très difficiles, comme l’adolescence lorsque l’on se rend vraiment compte que l’on peut perdre son père si les pompiers n’arrivent pas à temps ou s’il lui arrive de faire un malaise dans sa voiture ou dans un endroit isolé et que personne ne le trouve.  Souvent, nous recevions des coups de téléphone de l’hôpital pour nous prévenir que mon père était chez eux.  Ma mère a toujours été très courageuse dans ces moments-là, sachant toujours quoi faire.  Elle a montré un courage exemplaire, même si dans certains cas elle a craqué, ce qui est normal.  Mais il est vrai que depuis le mois d’octobre 2000, le jour de l’intervention, nous vivons tous beaucoup plus sereinement, surtout Papa.

 

J’ai été très surprise de savoir qu’il était sur la table d’opération car je n’étais pas présente au moment du coup de téléphone; je suis dans la marine et j’étais dans mon unité dans l’impossibilité de les rejoindre avant le vendredi.  Il faut dire en plus que c’était la nuit, environ 23h45, mais à ce moment là, il ne faut pas perdre le nord et garder les pieds sur terre.  Maman a géré une fois encore, préparé les valises et est partie vers l’inconnu.  Mais cela faisait tellement longtemps qu’on l’attendait...

 

Ce n’était pas facile, car nous sommes une famille un peu éparpillée et la seule des enfants qui était présente était ma sœur aînée qui était enceinte de huit mois, avec quelques complications.  Ça ne l’a pas empêchée de prendre la voiture le lendemain et de faire les 350 kilomètres indispensables pour rejoindre Nantes.

 

Moi j’ai demandé une permission avant l’heure qui a été acceptée.  Alors j’ai pris ma voiture et je suis partie.  Ma mère m’avait dit au téléphone avant de rentrer d’essayer de ne pas pleurer en voyant papa.  Je pensais que j’étais assez forte pour le faire, mais quand je suis rentrée dans sa chambre et que je l’ai vu comme ça, dans son lit, avec des tuyaux et encore sous l’effet des somnifères, j’ai senti les larmes me brûler les yeux, et plus j’essayais de me retenir, plus mes larmes coulaient.  C’est mon papa qui m’a remonté le moral, il m’a dit que ce n’était qu’un mauvais moment à passer et que toute sa vie allait changer.  C’est vrai, et je suis ravie de ce changement.  J’aime mes parents et toutes ces épreuves nous ont rapprochés.

 

Tout ça pour dire que nous avons attendu longtemps, nous avons eu peur pendant l’intervention et après, mais maintenant tout va bien, mon père a retrouvé le goût de vivre.  C'est un papy plein de vie qui profite de ses enfants et de ses petits-enfants pour longtemps.

 

ELISABETH

 

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